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Mois : janvier 2017

Le Rojava et la désinformation, le dossier

Le Rojava et la désinformation, le dossier

La désinformation est omniprésente. La guerre de propagande bat son plein en parallèle à celle du terrain. Cette guerre de la propagande est en pleine activité contre le Rojava (partie du Kurdistan situé en Syrie) et ses forces armées. Il est impossible de traiter toute les intox mais nous allons voir les principales qui resurgissent toujours dans l’intérêt de certains agendas, le plus souvent quand le Rojava et assimilé enregistrent des victoires.

 

« Les kurdes syriens pratiquent le nettoyage ethnique. »

 

Cette accusation est une des plus récurrentes et souvent reprise. Ces allégations contre les kurdes du Rojava ne datent d’hier et provenaient principalement de Turquie, par ailleurs spécialiste du nettoyage ethnique contre les kurdes en rasant dans les années 90 entre 3000 et 4000 villages kurdes. Elles ont pris un sens institutionnel quand Amnesty International a publié un rapport1 qui accusait le PYD (Parti de l’Union Démocratique) principal parti kurde syrien, de pratiquer le nettoyage ethnique contre des turkmènes et des arabes. Ce rapport a largement été repris. Pourtant, beaucoup de questions se posent au vu de son processus de réalisation.

Commençons par l’une de ses rédacteurs sont proche de l’AKP, le Parti islamiste d’Erdogan connu pour ses capacité à produire de grande quantité d’intox. Ensuite la question des sources se pose rapidement. Dans la vidéo d’Amnesty qui accompagne son rapport. L’agence Vice News est ensuite allé voir les « victimes » des déplacements forcés en Turquie2. On y voit clairement que ses membres soutiennent Daech.

Avant de vous parler de mon travail sur place,  il est important de se pencher sur les accusations et le contexte. Elles incluent 14 petite villes et villages dont deux villages auraient été détruits après des combats avec Daech et 12 endroits où des populations seraient empêchées de revenir après leur capture par les milices à majorité kurde du PYD. Tel Abyad, principale région où aurait eu lieu le nettoyage ethnique, et une petite ville post-frontière avec la Turquie où vivent des turkmènes, des arabes et des kurdes. Sous les différents régimes pan arabistes, un nettoyage ethnique a été mené à l’encontre des kurdes dans la région. De nombreux kurdes avaient été chassés de cette zone par les autorités et remplacés par des colons arabes qui avaient récupéré les terres. Cette zone est sous haute tension depuis longtemps dû à ses politiques.

Par conséquent quand je me suis rendu au Rojava en mi-décembre 2015 jusqu’à mi-janvier 2016, j’ai mené mon enquête. Pour cela j’ai recoupé les réponses des autorités du Rojava en les comparants à celles du rapport. Je me suis également rendu dans la région de Tel Abyad. Ensuite j’ai interrogé des gens directement sur place. La ville avait été prise par les YPG/YPJ3 depuis près de 6 mois lors de mon passage et cela faisait deux mois qu’Amnesty avait publié son rapport. J’ai fait une interview d’un député arabe. Celui-ci m’expliqua qu’ils se sont renseignés auprès de gens de Daech et que ses sources étaient bien sélectionnées. A Tel Abyad même, quand je me suis rendu sur place j’ai sentis une grande hostilité des gens envers l’occidental que j’étais. Je n’avais pas ressenti cela dans le reste du Rojava.

Un combattant étranger m’a éclairé sur la question. Effectivement certaine région restaient toujours inhabitées (mais d’autre région soi-disant repeuplées, les habitants étaient revenus depuis le rapport d’Amnesty). Notamment Suluk dans la région de Tel Abyad, celui-ci m’a expliqué qu’il avait vu des manifestations sur place extrêmement agressives contre les troupes kurdo-arabes des YPG. Les cris de ralliement des islamistes « Allah Akbar » étaient criés et les manifestations dégénéraient. Les manifestants accusaient le PYD de mécréance. J’appris également que Tel Abyad et ses environs connaissaient un commerce florissant sous Daech. Tel Abyad était devenu un véritable carrefour commercial avec la Turquie, faisant la richesse des populations en particulier Turkmènes. En effet, Daech chérissait particulièrement les Turkmènes. Tel Abyad avait été la première ville prise par Daech en Syrie en 2013 et Daech entretient des liens étroits avec l’Etat turc qui l’a fortement soutenu. En retour, Daech devait favoriser les populations turkmènes. Un grand nombre d’arabes soutenait également Daech car c’était pour la plupart des colons et ils avaient peur que les milices à majorité kurde récupèrent les terres qu’ils leur avaient volées autrefois. De plus les lynchages publics de kurdes ou de résistant étaient courants. En grande partie des populations locales soutenaient les djihadistes au vue des intérêts qui les liaient à Daech.

Ceci dit, cela n’expliquait pas pourquoi certaines populations ne pouvaient pas revenir. Et j’ai compris qu’à ce moment précis, il y avait trois raisons, deux assumées par les autorités et l’autre difficilement avouable à l’époque. La première était que certains villages étaient truffés de mines rendant un retour des habitants dangereux. La deuxième était encore proche des zones de combat. Mais la dernière était que de nombreuses cellules dormantes se cachaient parmi les populations hostiles. Le front était encore instable et les asayich (la police du Rojava) étaient  bloqués dans leurs investigations à cause d’un fort soutien local, profitant de la complicité de nombreux habitants qui aidaient les membres de Daech infiltrés. Un mois après mon départ, Daech lança un assaut massif et faillit reprendre la ville à cause des nombreuses cellules dormantes qui se sont réveillées. Au moment même où j’étais au Rojava et quelques jours avant mon passage dans la ville, des attaques à la kalachnikov avait eu lieu contre les asayich causant de nombreux décès. Faire revenir ses populations sans avoir mené les enquêtes nécessaires revenait à exposer les combattants du Rojava à d’importants risques.

Par conséquent il s’agissait d’un nettoyage de djihadistes et non ethnique. Depuis, les populations sont revenues dans leurs maisons dans leur très grande majorité. Aranews a fait un reportage dans un village turkmène qui avait soi-disant été nettoyé ethniquement.4 Les habitants de Suluk sont également revenus, enfin ceux qui n’ont pas fui à cause de leur complicité avec daech ou qui ne sont pas coupable de crimes abominables. Au fil des défaites des djihadistes, les populations ont fini par abandonner Daech. Pour les deux villages détruits, la raison est simple : il y a eu de violents combats qui ont conduit à leur destruction et des dizaines de villages kurdes ont également subis le même sort.

J’ai également interrogé des kurdes de Tel Abyad pour savoir ce qu’ils en pensaient et leur réponse ne m’a pas surpris. Certains en voulaient aux autorités de ne pas leur avoir redonné les terres des arabes qui leur avaient été volées. En effet certains colons arabes étaient installé là depuis de plus 50 ans et pour pouvoir gagner les populations arabes ces derniers n’allaient pas être chassés à leur tours. En réalité, par pragmatisme politique, les kurdes veulent et doivent à tout prix rallier les populations non kurdes du Rojava s’ils veulent un jour peser dans toute la Syrie. Ainsi certaines injustices perdurent même si les autorités cherchent un compromis avec les colons.

 

Maintenant pourquoi ce rapport en Octobre 2015 ? Pourquoi pas avant ? Pourquoi la Turquie ne continuait pas comme avant en accusant le PYD sans appuis d’institutions internationales ? La réponse se trouve dans le rapport. Celui-ci préconise l’arrêt de livraisons d’armes des puissances internationales aux forces multiethniques du Rojava dans sa lutte contre Daech ! Octobre 2015 correspond à la fois à la création des FDS (Forces Démocratiques Syriennes, force militaire dont les YPG/YPJ sont la principale composante) et aux premières livraisons d’armes des forces occidentales aux troupes à majorité kurdes. Cette correspondance de calendrier n’est due au hasard. La publication est parfaitement alignée avec le calendrier des ennemis du Rojava qui avaient intérêt à nuire à la collaboration avec des puissances occidentales.

Illustration pour Suluk, rajout après

« Les YPG/YPJ enrôlent des enfants soldats »

Pour poser les choses clairement : oui il y a des enfants soldats dans les YPG/YPJ au regard du droit international. Alors en quoi est-ce de la désinformation ? De par son traitement très orienté par certaines organisations. Il ne s’agit pas d’enfants de 10 ans envoyés en première ligne au front.

L’une de ces organisations qui porte ces accusations est Human Rights Watch(HRW). Le profil des enfants soldats dans les milices des YPG/YPJ est varié. Ils ont entre 15 et 17 ans. Sur la ligne de front et le chaos engendré par la guerre il est parfois difficile de vérifier l’âge des aspirants au combat et il n’est pas rare que ces enfants mentent sur leur âge pour pouvoir se faire engager. Certains commandants préférant ne rien voir.

Tous se sont portés volontaires pour différentes raisons. Chez certains, les YPG/YPJ sont des héros. En effet, les autorités du Rojava communiquent énormément sur l’héroïsme des martyrs tombés au combat, érigés en exemples pour toute la société mais aussi sur l’importance de s’engager. Il y a donc beaucoup de jeunes impatients de s’engager.

Plus rarement certaines filles fuient le patriarcat pour s’engager dans les YPJ. Notamment le mariage forcé ou les violences. Bien que ces pratiques soient formellement interdites et vigoureusement combattues, le chaos ambiant rend difficile le travail de lutte contre les injustices. Par conséquent, elles s’engagent pour fuir une situation d’oppression. Il y a également des jeunes orphelins ou en situation précaire qui sont pris en charge par les YPG/YPJ.

Il est à noter que les mineurs recrutés dans les YPG/YPJ exécutent des tâches à l’arrière du front et ils ne sont pas sollicités pour combattre et monter au front.

Il ne s’agissait donc pas d’une politique systématique mais d’une combinaison de facteurs poussant des jeunes à s’engager au vue de la situation sociale extrême combinée à la complicité ou la négligence de certains commandants.

C’est dans ce sens que les YPG/YPJ ont signé un accord de démobilisation de l’ensemble des enfants. Lors d’une conférence de l’ONG « l’appel de Genève », avec qui les YPG/YPJ ont signé un accord. ; et cette ONG qui est liée à l’ONU cherche à travailler, entre autres, sur la protection et la réinsertion des enfants soldats dans le cadre de conflits. Par cet intermédiaire l’ ONU intervient auprès des représentants des groupes armés non étatiques. Dans ce cadre les YPG/YPJ ont été cités en exemple lors de la conférence dans le cadre de la démobilisation d’enfants soldats. Les YPG/YPJ sont le seul groupe participant à la conférence où il est avéré que des officiers ont été sanctionnés pour leur non-respect des règles établies contre le recrutement d’enfants soldats.

Maintenant, le problème provient du fait que bien souvent cette information n’est pas mise en rapport avec le reste de la problématique de la Syrie. En effet, la présence d’enfants est assez faible, (plusieurs dizaines chez les YPG/YPJ) en comparaison aux centaines d’enfants soldats que l’on trouve notamment parmi les rebelles « modérés » qui eux n’hésitent pas à recruter des enfants très jeunes. Selon l’ONU5, Le premier recruteur d’enfants soldats identifié en Syrie est Daech avec 75% effectifs, suivi de l’opposition islamiste avec 21% des effectifs et environs 1% pour le Front Al Nosra. Les troupes d’obédience islamiste représentent à elles seules 97% des enfants soldats syriens. Les groupes d’opposition islamique (rebelles « modérés ») se sont également illustrés notamment la brigade Al -Zinki, par l’exécution d’au moins un enfant, accusé d’être un soldat du régime. Ces mêmes brigades ont fait des déclarations pour le non recrutement d’enfants mais dans les faits cela n’a jamais été appliqué. La comparaison est sans commune mesure avec les YPG/YPJ qui interdisent les exécutions tout court. Il est important de souligner que la majorité de ces acteurs précédemment cité n’ont pas entrepris de démarches afin de démobiliser ces enfants voir justifient et défendent ouvertement que des enfants peuvent combattre. Le Rojava et le régime représentent chacun environs 1% des enfants soldat mobilisé.

Les articles qui parlent de cette question mettent rarement cela en perspective avec la réalité du conflit syrien, se contentant d’expliquer que les YPG/YPJ recrutent des enfants soldats sans traiter l’information dans sa globalité. Au final, ils attirent toute l’attention sur l’arbre qui cache la forêt.

« Le PYD est allié au régime de Damas »

Cette allégation émane le plus souvent de l’opposition islamiste. Elle est le principal argument pour empêcher une délégation indépendante du Rojava à participer aux négociations internationales pour un processus de paix. Elle accuse le PYD de collaborer avec le régime syrien et d’en être le cheval de Troie. Notamment pendant la bataille d’Alep où ils sont accusés par les rebelles islamistes, les mêmes qui les bombardent depuis des années, d’avoir collaboré avec le régime. Pour en rajouter le régime ne dément pas et entretient la confusion. Les YPG/YPJ démentant toute alliance ou opération militaire commune avec le régime.

Le PYD et le régime évitent la confrontation mais ne sont pas alliés pour autant. Les deux forces sont contraintes à la négociation. Le PYD déclarait se mettre du côté de ceux qui reconnaissent l’autonomie des régions kurdes. Toutes les factions armées de Syrie ont refusé. Par conséquent, ils ont évité les combats jusqu’à l’été 2013. A ce moment, une campagne militaire est lancée par les rebelles islamistes syriens à majorité arabes sunnites contre les régions kurdes. Les kurdes ne voulant pas à la fois combattre le régime et les rebelles, ont entamé une politique de détente avec le régime pour éviter de multiplier les fronts.

Les rebelles arguent que les fonctionnaires des régions kurdes sont toujours payés par le régime et que le PYD achète des armes aux régimes omettant de préciser que c’est le fonctionnement général dans de nombreuses régions rebelles où les fonctionnaires continuent d’être payés et où le régime fournit des munitions à certains groupes rebelles pour accentuer les divisions. En réalité le dossier est vide et toutes les accusations qui sont lancé par ces groupes peuvent leur être opposées.

Par ailleurs, le régime a opprimé les kurdes de façon systématique depuis des décennies, leur retirant leur nationalité ; s’ils étaient surpris à parler kurde, ils étaient dénoncés. Il y avait des centaines de milliers de kurdes apatrides en Syrie. La colonisation des régions kurdes par les arabes sunnites fit d’énorme dégât avec de nombreuses spoliations de terres, meurtres et autre horreurs. Les kurdes étaient de loin la minorité la plus oppressées de la Syrie, dont le régime souhaitait l’assimilation ou la destruction sur le long terme.

L’isolement du PYD au plan national et international l’a poussé à faire des compromis avec le régime, des accords par à-coups, souvent arraché dans le sang. Les combats meurtriers opposant le régime aux régions autonomes à majorité kurde.

A l’été 2013 le régime a attaqué le quartier de Cheikh Maqsoud dans une offensive meurtrière qui a fait des centaines de morts.

En 2016, des combats, dans les villes de Qamishlo et de Hassaké dans l’extrême nord-est syrien ont également fait de nombreux morts. Étranges alliés avec qui les combats dégénèrent très rapidement en boucherie, avec comme une odeur de guerre froide. Il est à ajouter que Assad a toujours dit qu’il était contre le projet de fédéralisme proposé par le PYD et que ces régions auront une autonomie « temporaire ».

« Le Rojava est une dictature contrôlé par le PYD »

Cette accusation vient de l’opposition islamiste mais surtout de leurs alliées kurdes du PDK Lisez : Parti Démocratique du Kurdistan, basé principalement au Kurdistan ( Irak) et de leurs alliés. (Des médias comme Rudaw TV) . Les deux partis kurdes du PDK et du PYD ont une entente exécrable. Régulièrement le PDK, qui contrôle le côté irakien de la frontière, impose un blocus sévère au Rojava, allant parfois jusqu’à interdire les livraisons de nourriture pour affamer leurs populations.

Le PDK et ses proches ont lancé plusieurs campagnes de désinformation à l’encontre des autorités du Rojava. La dernière en date est celle qui concernerait le retrait des FDS de Cheikh Maqsoud à la faveur du régime. Propos largement démentis par les pro-régimes et les FDS eux même.

Quant à la chaîne de télé Rudaw TV, elle continue d’expliquer que le « PKK » se retire de Cheikh Maqsoud suite à un accord secret qui permettrait au régime de reprendre le contrôle total de la ville en échange d’armes, dans le but de le discréditer.

Mais ce n’est pas qu’une question d’intox, en effet le PDK soutient l’intervention de la Turquie contre les kurdes en Syrie. Il menace d’intervenir militairement avec ses Peshmergas pour déloger le PKK, les YBS (milice de yézidis) de la zone à majorité païenne des Yézidis. Ces mêmes Yézidis qui aurait été exterminés, sans l’intervention du PKK, qui est venu les sauver et les a aidés à avoir leur propre milice, les YBS.

Cela s’ajoute également à des actes de préparation d’une lutte armée contre les autorités du Rojava en Syrie. En effet, le PDK avait organisé en 2013 des cellules dormantes partageant ses vues dans le canton de Cizîré dans le but de renverser les autorités du Rojava par la force. Le complot avait été déjoué par les assayichs (la police du Rojava) au dernier moment avec l’arrestation de 70 personnes. Ces dernières ont depuis été relâchées et la plupart ont intégré les YPG malgré la préparation manifeste d’attentats armés contre les autorités du Rojava. Le but était de laisser la porte ouverte à l’unité des Kurdes.

Après cet ensemble d’éléments, les membres du PDK syrien étaient étroitement surveillés par les assayichs, de nombreuses arrestations s’en sont suivies, voire des expulsions du Rojava pour des activités d’espionnage pour le compte de la de la CNS (Coalition Nationale Syrienne à dominante islamistes en guerre contre le Rojava), corruption et actes de sabotages. A chaque arrestation d’un de ses membres, le PDK hurle à la dictature et accuse le PYD d’être à la tête d’un régime dictatorial au Rojava.

Il est intéressant de voir que les islamistes de l’« émirat » d’Idlib, qui impose une dictature autoritaire basée sur la charia, réprimant toute opposition à leur pouvoir, exigeant l’unicité religieuse, reprennent ces accusations en cœur.

Ces allégations sont particulièrement osées de la part du PDK qui organise la mise en place d’une véritable dictature au Kurdistan irakien. Ce dernier n’a pas hésité à tirer sur les manifestants qui réclamaient le paiement des salaires des fonctionnaires. Plusieurs décès sont à déplorer. Le PDK a fait arrêter de nombreux journalistes d’opposition au Kurdistan irakien ainsi que des volontaires étrangers partis combattre Daech au Rojava.

Le chef du PDK et du KRG (Gouvernement régional du Kurdistan situé en Irak), Massoud Barzani, refuse de quitter le pouvoir alors qu’il a déjà dépassé sa limitation de mandats de plusieurs années. Pour ce faire, il a bloqué l’accès au parlement du KRG à son président pour empêcher l’élection d’un nouveau leader du Kurdistan irakien. Exerçant un pouvoir sans aucune légitimité, ni mandat.

La majorité des biens du Kurdistan irakien est concentrée entre les mains de sa famille et de ses alliés devenus milliardaire pendant que de nombreux kurdes en Irak meurent de faim.

En parallèle, au Rojava, je n’ai vu personne mendier et tout le monde mange à sa faim, grâce notamment à des distributions gratuites de pain, après 5 ans de guerre civile. Tout le monde avait un endroit où se loger bien qu’aucune aide humanitaire ne parvient au Rojava.

Sur le système démocratique en lui-même, j’ai vu des assemblées démocratiques se tenir dans chaque village et ville. Ils élisent leurs co-représentants, toujours un homme et une femme, et décident de la politique locale et cantonale qu’ils veulent mener. Des Chrétiens, des Arabes, des Kurdes débattent paisiblement. J’ai vu le parlement de Cizîre se réunir et voter comme toute assemblée démocratique. Il y a plus de 50 organisations membres du parlement dont 25 partis ou mouvements politiques, avec un taux de participation des femmes très élevé (plus de 40% des présents, loin de nos parlements européens). A l’entrée, on peut trouver des journaux de PYD, du PUK et du PDK. Des manifestations d’opposition peuvent avoir lieu sans que la police ne les réprime violemment. Bref,  tout cela ressemble à s’y méprendre à une démocratie.

« Les FDS n’ont rien à faire dans des zones arabes (Manbij, Shadadé, Raqqa…) »

Il n’est pas rare que dans certains médias déclarent que les kurdes n’ont rien à faire dans des territoires à majorité arabe. Cette accusation cache une réalité profondément raciste envers les kurdes. En effet, c’est oublier que les kurdes sont aussi des syriens et qu’ils sont légitimes à combattre sur le territoire syrien ! Défendre cette position, c’est les considérer comme des étrangers dans leur propre pays et cautionner la propagande raciste qu’ils ont subi.

Il est également important de préciser que cette remarque n’est pas faite à l’armée turque qui envahit des zones à majorité kurdes et arabes entre Jarabulus et Azaz en Syrie. Cette armée turque n’est pas accusée de nettoyage ethnique par les ONG de défense des droits humains alors qu’elle a dégagé une grande partie des populations kurde de ses zones qui viennent se réfugier au Rojava dans le silence de la communauté internationale. Que cette même armée à fait venir 10 000 turkmènes sunnites irakiens de Tal Afar pour remplacer ces populations kurdes et arabes. Il s’agit d’une force d’invasion étrangère.E lle est peu critiquée quand elle envahit des zones à majorité kurde ou arabes entre Jarabulus et Azaz.

Quand les milices islamistes très majoritairement arabes sunnites envahissaient les zones kurdes, personne ne se posait la question de savoir si cela était normal que des troupes à majorité arabes occupent des zones kurdes. En réalité, cela ne pose des problèmes qu’au moment où les troupes à majorité kurdes syriennes prennent le contrôle de zone à « majorité arabe ». Étrange conception de la question ethnique en Syrie.

De plus c’est aussi mal connaître l’histoire complexe de la Syrie. En effet à force d’épuration ethnique, d’assimilation et de colonisation des territoires kurdes, leurs zones de peuplement ont considérablement été réduites. Dans les archives du quai d’Orsay, les renseignements extérieurs ont essayé d’évaluer l’ethnie qui peuplait Raqqa et sa région dans les années 30. Ils ont estimé 120 000 kurdes peuplaient cette contrée. En 2011, il n’y avait plus que quelque milliers de kurdes à Raqqa sur une population de 400 000 habitants. Cela démontre que ces zones à majorité arabe, ont été volées aux kurdes historiquement par des colons ou une assimilation forcée.

Pour finir, les FDS est une force multiple-ethnique et multiconfessionnelle comprenant notamment des kurdes, des arabes, turkmènes, des assyriens, des syriaques, des chrétiens, des arméniens, des musulmans, et des yézidis. Il y aurait environs 30 à 40 % d’arabes au sein des FDS. Cette force militaire est beaucoup plus représentative de la Syrie dans sa diversité que celle qu’elle combat, très majoritairement arabes et/ou sunnite.

« Les femmes combattantes, c’est pour la caméra, c’est les hommes qui décident à leur place »

Cette remarque cache un profond sexisme et une méconnaissance totale, voire un déni du combat des femmes au Rojava. En effet, ce n’est pas la première fois que certains ne croient pas que des femmes puissent se libérer de l’oppression patriarcale dans cette région du monde. D’autre part, l’organisation sociale des femmes au Rojava est très poussée. Bien plus que dans nos démocraties européennes.

En effet, en plus des assemblées mixtes (appelé commune) qui régissent la vie des habitants du Rojava, les femmes se réunissent dans des communes non-mixtes, sans la présence des hommes, pour délibérer des questions qui les concernent. Choisir les formes pour la lutte contre les injustices qu’elles subissent. Ces commutés de femmes élues en parallèle des communes, élisent à leur tours des représentantes. Cette organisation démocratique des femmes du Rojava porte le nom de fédération des femmes. Cette fédération siège aux instances exécutives comme le Tev-Dem ou encore les assemblées législatives. La fédération des femmes a le droit de veto sur toute action publique les concernant, par conséquent, aucune décision exécutive ou législative (et même en partie judiciaire) ne peut être prise sans leur consentement. Les femmes sont également représentées à une très grande égalité avec les hommes. Presque tous les postes électifs ont deux co-responsables, une femme et un homme. Dans une quelconque assemblée, l’un des deux sexes doit toujours être représenté à au moins 40%.

Dans l’armée, les femmes ont de nombreux acquis. Elles ont leur propre chaîne de commandement c’est ce qu’on appelle les YPJ (Unité de défenses des femmes) qui sont une branche autonome au sein des YPG. Quand une personne s’engage dans les YPG/YPJ, elle est obligée de suivre une formation anti patriarcale pendant une semaine, dispensée par une femme. De plus sur le terrain, les femmes jouent un rôle décisif. Elles représenteraient 40% des effectifs des YPG/YPJ.

La question des femmes est centrale au Rojava qui les a mis au cœur de la révolution. En effet, au Rojava on pense que pour libérer la société les femmes doivent être complètement libres. Sinon la société ne peut pas l’être. Là-bas on dit que c’est la première révolution de l’humanité pour les femmes qui sont le centre de nombreuses oppressions.

Les mêmes qui distillent l’idée de ces femmes contrôlées par les hommes oublient souvent que l’opposition syrienne ne compte quasiment aucune femme combattante. Le régime également n’offre pas d’alternative aussi progressiste sur cette question-là. Ceux que nous voyons sur nos écrans comme un phénomène curieux des femmes combattantes est le résultat d’une politique anti patriarcale radicale mené par des femmes émancipés.

« Les kurdes ne peuvent pas gagner la guerre »

C’est un refrain qu’on entend souvent dans les médias. Cela sous-entend que même si leur cause est juste, cela ne sert à rien de les soutenir car à la fin les kurdes sont toujours trahis et perdent. C’est certain que les kurdes dans leur histoire ont été trahis de nombreuses fois. Il n’empêche que cette affirmation cache de la propagande pour décourager les soutiens ou potentiels soutiens au Rojava.

Mettre en perspective la lutte des kurdes pour leur émancipation, comme perdue d’avance est un choix motivé par des objectifs précis. En effet, quand les mêmes médias nous expliquent entre temps que le Kurdistan irakien est quasiment indépendant et nous présente le clan de la famille Barzani comme respectable, cette question n’est jamais posé. Comme si ce sort qui frappe les kurdes n’était réservé qu’aux combattants du Rojava. C’est un choix politique qui se cache derrière ce pseudo-atermoient. Cela sonne comme : « ho les pauvres, ils devraient se ranger de notre côté et faire comme leurs amis irakien. Sinon il ne réussiront jamais ».

De façon globale, cette prophétie pessimiste est hasardeuse. Vu l’état des différents ennemis du Rojava ont peut franchement douter qu’ils seront capable de combattre efficacement les forces du Rojava. Daech est très affaibli et joue sa survie face aux FDS et non l’inverse. Le régime n’a pas les moyens militaires pour reprendre le Rojava. Les rebelles islamistes sont très affaiblis et divisés. Le Kurdistan irakien est très divisé et constitue une véritable poudrière où le PDK pourrait sauter, notamment en attaquant leur frère kurde du Shengal vers ce quoi il se dirige. L’armée turque est décapitée, son commandement a été largement purgé. Elle ressort d’une guerre urbaine très violente contre le PKK dans les villes où elle a mis des mois à chasser quelques centaines de jeunes, armés de kalachnikov. Son opération contre la ville syrienne d’Al bab à la main de Daech vire au désastre. Elle en est réduite à mendier des frappes russes en soutien, sa propre aviation incapable de remplir son rôle. Les Etats-Unis ont lâché la Turquie dans cette opération et préfèrent soutenir les troupes à majorité kurde contre Daech. Autant dire que les puissances qui s’opposent au Rojava sont toutes très affaiblies et n’ont pas les moyens de leurs ambitions.

Début 2017, les FDS libèrent toujours plus de zone, renforcent leurs partenariats avec les grandes puissances. Le Rojava semble en position de force pour s’emparer de Raqqa. Le Rojava est l’expérience d’autonomie kurde la plus longue et la plus solide de l’histoire moderne. Bien que la situation est précaire, le Rojava reste solide et stable en comparaison de son environnement immédiat.

L’ignorance volontaire et la désinformation

L’ignorance volontaire dirige la pensée en Syrie et en particuliers au sujet des kurdes. L’approche courante est souvent réduite à « zone contrôlé par le PKK » pour ne pas parler du fond et de leur projet. Nous ne trouvons presque rien dans les médias sur les positions et pratiques défendues au Rojava.

Cela dénote du manque de pluralisme dans les médias que nous avons en France. La grande majorité des journalistes, experts ou représentants politiques qu’on nous présente en France soutiennent l’opposition armée islamistes dont ils taisent ou atténuent les dérives. Ceux qui restent soutiennent le régime. Aucun journaliste, expert et représentant politique soutenant les FDS et leur projet émancipateur pour les opprimés, en premier les femmes et les minorités, ne sont présent à la radio, les plateaux télés et les journaux.

On voit défiler sur les télévisions des personnes qui se connaissent entre elles, qui ont fréquenté les mêmes écoles et qui partagent la plupart du temps le même avis. Cela est dû à une presse qui n’est pas libre. La grande majorité est phagocytée par des grands groupes financiers et industriels qui ont des intérêts intimement liés à une vision postcoloniale du Moyen-Orient et à l’exploitation de ses richesses.

Le plus choquant dans mes recherches, C’est que ce travail que j’ai entrepris sur le Rojava, je l’ai fait car presque personne ne le faisait en langue française (et même en anglais cela manque également) cela même dans des journaux réputés indépendants comme Mediapart. En effet, la pluralité du débat autour de cette question n’a pas été respectée, excluant de fait la communauté kurde de la réflexion sur une solution pour la Syrie. Pour la raison simple que bien que Mediapart soit indépendant financièrement, les journalistes de la rédaction qui écrivent ou commentent la question syrienne sont pour la plupart dans les mêmes réseaux que les médias dominants concernant la question syrienne. L’une des démonstrations de cela est l’écriture commune d’un livre de Pierre Puchot de Mediapart et de Romain Caillet. Ce dernier diffusait sur tweeter des photos prises par des membres de Daech de femmes combattantes kurdes décapitées. Il ne cache pas son opposition au PYD (qu’il assimile au PKK). Étrange choix d’information, mais rien d’étonnant quand on sait que ses anciennes sympathies étaient tournées vers Al Qaeda. Sous le pseudo de Colonel Salafi, ce dernier ne cache pas ses sympathies pour la mouvance islamiste mais non « djihadiste », Romain Caillet se justifiant de la manière suivante:  «  je ne suis plus pour le djihad parce que je m’oppose au fait d’entraîner des jeunes pour se sacrifier à mourir sans avoir acquis au préalable les bases de l’islam ». Donc mourir au nom de l’Islam après l’avoir étudié pas de problème. On comprend sa sympathie envers certains groupes armés.

Ce réseau d’influence a eu raison d’un travail d’analyse de Mediapart sur cette question à la grande déception de nombreux lecteurs. Cela est d’autant plus ridicule de la part de la rédaction de Mediapart qu’ils sont a priori positifs sur le HDP pro-kurde en Turquie alors qu’ils ont exactement le même projet politique et idéologie que le Rojava, le confédéralisme démocratique. Cette dissociation étrange conduit à des positions absurdes sur les questions au Moyen-Orient. Notamment le soutien à la rébellion syrienne faisant comme si les révolutionnaires de 2011, dirigeait toujours la révolte sans jamais aborder leur programme politique réel et les conséquences sur les populations civiles sur le terrain. Allant jusqu’à arguer que le terme islamiste ne veut rien dire, alors que de nombreux groupes rebelles syriens s’en réclament. L’une des dernières frasques en date et d’avoir donné la parole à Jean-Pierre Filiu lors de la prise d’Alep par le régime alors qu’il est intimement lié à la propagande turque et ses intérêts. On n’est plus à une contradiction près.

Il est important à noter que Pierre Puchot ne travaille plus pour Mediapart. Il serait parti pour son manque d’impartialité et depuis Mediapart a une ligne international moins marqué sur la question syrienne. Peut-être cela annonce-t-il un changement positif vers plus de pluralisme.

Pour conclure beaucoup ont intérêt à faire fi du Rojava et des solutions démocratiques qu’ils proposent. Ils seraient temps que le reste de la presse indépendante se réveille et que le Rojava ne soit plus un désert d’information et une boulimie de désinformation dans l’espace public.

Pour cela il faut que des médias indépendants, des citoyens engagés s’emparent de la question. Des groupes dans le monde, notamment aux Etats-Unis et en Europe, se forme en comité autour des idées des kurdes et de leurs idéales révolutionnaire et démocratique. Le mouvement est en train de s’inverser. La bataille de l’information sera l’un des nerfs de la guerre de ces groupes qui se forment à travers l’Occident.

1https://www.amnesty.org/en/press-releases/2015/10/syria-us-allys-razing-of-villages-amounts-to-war-crimes/

2https://news.vice.com/video/caught-between-the-islamic-state-and-the-kurds-exiled-from-tal-abyad

3 Unité de défenses du peuple/Unité de défenses des femmes, milice à majorité kurde

4https://www.youtube.com/watch?v=YLJ_f0z0ij0

5http://www.un.org/ga/search/view_doc.asp?symbol=s%2F2016%2F360&referer=%2Fenglish%2F&Lang=E

Lexique sur le Kurdistan

Lexique sur le Kurdistan

YPG: Unités de Défense du Peuple, sont des milices formées en 2012 dans l’essor du mouvement kurde de Syrie. Aujourd’hui elles sont les principales milices kurdes de Syrie et elles sont la pointe avancée des combats contre Daech. Ses effectifs compteraient plus de 50 000 hommes et femmes à cette heure, de plus elles intègrent une plus grande diversité ethnique qu’a leurs débuts et incorporent sous son commandement de nombreux Arabes avec l’armée Al-Sanadid et Syriaques avec le Conseil National Syriaque.

 

YPJ : Unités de Défense des Femmes, c’est la branche armée autonome des femmes au sein des YPG. Elles sont auto-organisées et leurs membres sont intégrés à la fois dans des unités non-mixtes et mixtes au sein de l’armée du Rojava. Les YPG, comme le reste des institutions du Rojava, pratiquent la co-présidence : le commandement militaire est partagé à égalité entre hommes femmes comme à Kobani où la co-commandante a joué un rôle de premier plan dans les combats contre Daech.

 

PYD : Parti de l’Union Démocratique, fondé 2003 il est le principal parti pro-kurde de Syrie et parti frère du PKK. Il a pris le pouvoir dans les zones kurdes de Syrie et est aujourd’hui quasiment hégémonique dans ces zones. Il a pris pour modèle le « confédéralisme démocratique » que prône Öcalan pour les peuples du Moyen-Orient pour instaurer un système politique à part au Rojava basé les quatre pilliers suivant : « la démocratie, le socialisme, l’écologie et le féminisme ».

 

PKK : Parti des Travailleurs du Kurdistan, fondé dans les années 1970, aux origines d’obédience tiers-mondiste et maoïste, il s’est reconverti en 2005, sous l’impulsion de son leader Abdullah Öcalan, dans le « confédéralisme démocratique » inspiré des idées du municipaliste libertaire Murray Bookchin. Après des années noires, il est aujourd’hui la force montante du mouvement kurde qu’il influence fortement.

 

Abdullah Öcalan dit « Apo » : Apo signifie oncle en kurde. Öcalan a été le principal leader du PKK et il est actuellement considéré comme le principal leader du mouvement kurde depuis l’île-prison d’Imrali. Enfermé illégalement dans les geôles turques depuis 1999, il n’a cessé de prôner la paix et une solution politique pour le Kurdistan, critiquant parfois durement le passé du PKK.

 

HPG : Force de Défense du Peuple. C’est la principale branche armée du PKK. Organisée comme une guérilla rurale, elle est active depuis sa première campagne militaire victorieuse du 15 août 1984. Elle était la principale plaie de l’armée turque dans ces combats contre la résistance armée kurde. Beaucoup de cadres des YPG/YPJ sont en réalité issus des HPG/YJA-STAR.

 

YJA-STAR : Branche militaire féminine des HPG, construite sur un modèle proche de celui des YPJ, bien qu’issue d’un processus différent du début des années 1990.

 

PDK : Parti Démocratique du Kurdistan, adversaire farouche du PKK, il est le parti au pouvoir au Kurdistan irakien. Il maintient son pouvoir grâce au système clanique et corrompu du Kurdistan sud ainsi que par l’appui des principales puissances occidentales. Puissances occidentales qu’il a bien servies en jouant un rôle de service d’ordre dans tout le nord de l’Irak. Il contrôle la majeure partie des Peshmergas.

 

Peshmerga : signifie en kurde « ceux qui bravent la mort », c’est par ce nom qu’on désigne l’armée du Kurdistan autonome d’Irak.

 

UPK : Union Patriotique du Kurdistan est un parti affilié à l’Internationale socialiste. Il fut le principal concurrent du PDK dans le Kurdistan Sud. Pendant la guerre civile entre Kurdes qui avait frappé le Kurdistan irakien entre 1994 et 1997, il s’était allié au PKK dans l’espoir de chasser Barzani et ses hommes. Il est aujourd’hui affaibli et en perte de vitesse face à la montée en puissance du mouvement Goran.

 

Parti Goran : Souvent appelé mouvement Goran ou mouvement pour le changement, c’est une mouvance politique qui s’appuie sur d’anciens cadres du PDK et de l’UPK sur la base d’un programme politique anti-corruption. Mouvement récent, il a gagné de nombreux sièges au parlement autonome du Kurdistan d’Irak.

 

TEV-DEM : Mouvement Pour une Société Démocratique, impulsé par le PYD en Syrie, il est censé être l’organe d’auto-organisation des masses du Rojava. Organisé en assemblées de villages et de quartiers, celui-ci joue un rôle majeur dans l’organisation et la prise de décision dans le domaine civile au Rojava.

 

Yézidis : Les Yézidis sont un peuple kurdophone qui pratique un culte dérivé du zoroastrisme. Principalement basé dans le Shengal, ils furent victime d’un horrible génocide par les djihadistes de Daech, où les hommes étaient exécutés sommairement et les femmes et les enfants réduits à l’esclavage sexuel avant que les HPG/YJA-STAR et YPG/YPJ n’interviennent pour en sauver la majeure partie.

 

KCK : L’Union des Communautés du Kurdistan est un organe impulsé par le PKK, censé être la représentation du mouvement kurde. Celui-ci est tiré des concepts du « confédéralisme démocratique » où le mouvement kurde doit être représenté dans des organisations larges.

 

Le mont Qandil : Situé dans les confins de l’Irak, proche des frontières iranienne et turque, il est le sanctuaire du PKK. C’est depuis cette chaîne de montagne que le PKK organise sa stratégie et ses plans d’actions.

 

Masssoud Barzani : Leader absolu du PDK et maître du Kurdistan autonome d’Irak, Massoud Barzani a bâti son immense fortune sur l’héritage de son père, président de l’éphémère république kurde de Mahabad, et la confusion entre ses richesses, celles des institutions du Kurdistan autonome d’Irak et celles du PDK.

 

AKP : Le Parti de la Justice et du Développement est un parti issu des mouvances islamistes de Turquie. Son véritable chef Recep Tayyip Erdogan, président de la République de Turquie, a réussi à s’imposer au fil des ans comme son leader incontesté et autoritaire, n’hésitant pas à purger l’appareil d’Etat de ses anciens alliés : la confrérie Gülen. L’AKP a pris le pouvoir en 2002, quand il avait réussi à obtenir les votes kurdes dans l’espoir qu’un processus de paix puisse aboutir. Depuis 2002, il n’a subi aucun véritable revers électoral jusqu’à récemment et la montée en puissance du HDP.

 

HDP : parti démocratique des peuples, dans lequel sont coalisés plusieurs partis de gauche, mais qui regroupe aussi des individu-e-s. Il est issu du mouvement politique kurde, mais rassemble aussi d’autres « minorités » et des turcs, celui-ci à mis un coup de semonce dans le paysage politique turc en rentrant au parlement avec plus de 13% des voix en 2015. Il a gêné les ambitions d’hyper-présidentialisation de Recep Erdogan qui ne compte pas en rester là. Depuis, l’AKP d’Erdogan et la police mènent une répression de grande envergure contre le HDP.

 

CHP : Le Parti Républicain du Peuple est un parti turc, laïque et nationaliste de « centre-gauche ». Kémaliste, c’est à dire se considérant dans la droite lignée de Moustapha Kémal fondateur de la république de Turquie, il fut l’un des grands garants de l’ordre bourgeois et républicain à la sauce française épicée à la turque (les Kémalistes se réclamant de l’héritage de la révolution française). Depuis le début de leur existence politique, les kémalistes ont toujours été les garants d’une république une et indivisible très répressive envers les minorités.

 

MHP : Le Parti d’Action Nationaliste est un parti ultra-nationaliste, panturc et islamiste. Lié aux sombres Loup gris, mouvement néo-fasciste et anticommuniste viscéral, il a toujours été à la pointe de la répression contre les mouvements révolutionnaires turcs. Lié aux services secrets turcs, il est soupçonné d’avoir commandité de nombreux assassinat comme celui-ci des trois femmes kurdes, dont une fondatrice du PKK, à Paris en 2013.

 

Rojava : L’entité politique née au Kurdistan syrien à la suite de la révolution kurde du 19 juillet 2012. Il désigne en kurde la partie ouest du Kurdistan.

 

Kurdistan ouest : Kurdistan situé en Syrie.

 

Kurdistan Nord : Kurdistan situé en Turquie

 

Kurdistan Sud : Kurdistan situé en Irak

 

Kurdistan est : Kurdistan sité en Iran

 

Shengal : Région irakienne frontalière de la Syrie au nord de l’Irak. Elle abrite une importante communauté Yézidi.

 

Mont Sinjar : Situé dans le Shengal, il fut le refuge privilégié des Yézidis lors de leurs nombreuses persécutions subies à travers les siècles passés. C’est là que les Yézidis ont fui par dizaines de milliers l’invasion de Daech, et que les forces militaires liées au PKK mirent un coup d’arrêt à la politique génocidaire de Daech. C’est aussi là que les Yézidis se sont réorganisés et ont fondé leur nouvelle milice d’auto-défense, les YBS.

 

YBS : Unité de résistance du Sinjar est une milice impulsée par le PYD et le PKK dans le Sinjar pour assurer l’auto-défense des Yézidis. Elle s’est construite sur le modèle des YPG.

 

MFS : Le Conseil Militaire Syriaque est un mouvement d’auto-défense des chrétiens syriaques qui compterait 1500 combattants depuis début 2015. Il est l’un des plus fidèles alliés des YPG/YPJ dans leur lutte contre Daech et les islamistes depuis sa fondation en 2013. Les syriaques ont longtemps été divisés entre un soutien aux YPG/YPJ ou au régime. Mais aujourd’hui avec la chute du régime dans les zones du Nord-Est syrien, les Syriaques semblent avoir choisi leur camp en faveur des Kurdes.

 

Sutoro : le nom de la police syriaque

 

L’armée Al-Sanadid : c’est un regroupement militaire de tribus arabes alliées aux YPG/YPJ. Leur drapeau est rouge avec des lettres imprimées couleur or en calligraphie arabe.

 

Asayesh : police en kurde

 

MIT : Organisation du Renseignement National qui sont les services secrets turcs. Cette organisation est complexe et ses différentes branches sont sous influence de diverses obédiences politiques. Actuellement c’est principalement l’AKP qui le contrôle.

 

Daech : Acronyme d’Etat islamique en Irak et au Levant. Daech est considéré par les Kurdes comme une milice fasciste et barbare soutenue par les services secrets turcs. Depuis des années de nombreuses preuves s’accumulent sur les liens étroits que le MIT entretient avec Daech dans le silence quasi-total des médias occidentaux.

 

SAA : L’Armée Arabe Syrienne, armée régulière du régime de Bachar El-Assad

 

Katiba : brigade rebelle syrienne.

 

FSA/ASL : Armée syrienne libre, aujourd’hui c’est un morcellement de groupes rebelles fortement islamisés.

 

Burkan EL-Firat : Force de l’Euphrate ou Volcan de l’Euphrate est un regroupement pour faire des opérations militaires conjointes entre l’ASL et des YPG/YPJ pour combattre Daech dans le canton de Kobani.

 

Etat-nation, clé de voûte de la question kurde et française

Etat-nation, clé de voûte de la question kurde et française

Le mouvement kurde et son positionnement politique ne peut se comprendre sans la compréhension du concept d’État-nation. Ce concept et sa critique est d’autant plus difficile à appréhender qu’en France l’État-nation est devenu une notion intégrée et intériorisée.

Partie 1: l’État-nation

 

La France est le berceau de l’État-nation au sens strict du terme. C’est la puissance que lui a conféré ce système lors de la révolution française qui lui a permis de balayer l’Europe. Commençons par définir les deux termes.

Définissons l’État comme détenant le monopole de la violence symbolique légitime. On reprends ici la définition de Bourdieu-Weber. On entend par symbolique l’idée que celui-ci n’a pas toujours besoin de la violence physique pour se maintenir mais a besoin que les populations administrées croient à ces symboles de domination et qu’elles les acceptent dans leur très large majorité. On pourrait dire que c’est la capacité des dominants à imposer un système de pensée pour faire accepter leur domination aux populations dominées.

Définissons la nation comme un peuple, une ethnie qui se différencie des autres nations par une culture et/ou une langue spécifique et/ou une histoire commune.

Il s’agit donc de fusionner l’idée d’un peuple qui se construit autour d’un État-unique. Par conséquent on exclue l’idée qu’il y ait d’autres peuples liés à cet État. Par exemple en France, on parle toujours d’un peuple français, pourtant il y a bien plusieurs peuples avec leurs cultures, leurs histoires et langues spécifiques comme les Basques, les Corses, les Bretons, les Alsaciens, etc. La violence symbolique dans ce cas se retrouve dans le fait qu’ils soient constamment ignorés ou considérés comme négligeables. Ainsi des peuples entiers sont exclus de toute (ou presque) existence étatique et institutionnelle. On n’entend pas de la bouche d’un politicien « les peuples de France ». On pourrait dire qu’ils sont exclus de toute existence symbolique (ou presque).

Ce n’est pas un hasard si les États-nations prennent leurs racines dans la colonisation dont la justification de ces crimes de masse se retrouvent dans l’exclusion des populations colonisées d’une identité blanche. « Les sauvages » devant être éduqués par la force pour leur apporter la « civilisation ». Cet esprit colonial est largement lié à la mentalité d’État-nation où le Blanc, ou l’ethnie comme dans le cas des États-nation arabes, détenant le pouvoir symbolique contre les non-blancs ou non-arabes.

Or la colonisation est également au cœur de l’entreprise de développement du capitaliste à partir du 16ème siècle. L’État-nation est analysé par Abdullah Öcalan et son organisation le PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan), mais aussi par les municipalistes libertaires, comme le système politique du capitalisme par excellence. Sa force de cohésion sociale permettant la stabilité nécessaire à la grande disparité de richesses et à l’exploitation outrancière que ce système économique développe.

 

Dans le contexte français, il faut que « la » population « française » sous influence se retrouve dans une identité commune qui permet de la rassembler : la nation. L’État doit modeler une identité, souvent calquée sur celle des conservatismes dominants voire imaginaires, et qui dit identité nationale dit exclusion. En effet, l’identité qui se construit dans le cadre de l’État se fait en opposition à d’autres identités. D’abord il y a un peuple, donc une langue avec un vocabulaire, une grammaire et un orthographe spécifiques. Par exemple, quelqu’un qui commet des fautes d’orthographe sur son CV détruit grandement ses chances de se faire embaucher dans de très nombreux métiers. Mais cela ne suffit pas, les « non-nationaux» peuvent très bien avoir appris la langue en question. Donc cette fois-ci, on crée un registre national avec ses auteurs « français » et un patrimoine lui aussi identifié comme « français ». Pour prendre un exemple à l’étranger : l’Émir Abdelkader, leader anti-colonial du 19 ème siècle, est enseigné en Algérie comme étant un fervent défenseur de la nation arabe, faisant de lui un héros du panarabisme. Le problème : celui-ci est berbère. Il s’agit d’intégrer des personnages historiques en ignorant leurs ethnies, leurs cultures spécifiques et leurs contextes historiques en vue de récupérer leur combat pour des causes qui n’était pas les siennes. En France, on peut cité la Joconde, celle-ci est située au Louvre, haut lieu du patrimoine français, et vue comme la plus belle œuvre d’art de France. Pourtant c’est Léonard de Vinci qui l’a réalisée alors dans une péninsule italienne morcelée en cités-États. Les « non-nationaux » avec des références culturelles différentes se retrouvent exclus.

 

Ainsi l’État-nation se crée un répertoire avec ses héros, ses objets fétichisés qui tendent à vouloir prouver la réalité de cette nation destinée à construire un État garant à son tour de cette identité. Cela permet de construire une cohésion autour de l’État. L’État a besoin de muscler sa cohésion pour la simple et bonne raison qu’il est traversé par de nombreux antagonismes de classes, de sexes, de races, psychiques et bien d’autres. La société sans un sentiment d’union serait beaucoup plus fragile. Sinon, comment réunir les prolétaires et les patrons si rien ne les rapproche ?

 

Par définition, l’État-nation est un outil formidable de divisions pour opposer une identité symbolique aux reste de la société. Pour comprendre comment cette identité symbolique est construite, il suffit de regarder l’assemblée nationale française. La grande majorité des députés sont : des hommes, blancs, de culture chrétienne, d’âge mûr, valide, nés dans des quartiers urbains favorisés, diplômés des « hautes écoles », issus de réseaux informels comme la promotion Voltaire de L’ENA de François Hollande. Beaucoup de députés ont souvent des relations avec des lobbies et se sont liés à leurs intérêts (tabac, industrie pharmaceutique, agroalimentaire, etc.). Ils sont presque tous formés et adeptes de la pensée économique néo-libérale. À partir de cela, on pourrait également déduire beaucoup d’autres points communs qui servent de vecteurs pour caractériser l’identité symbolique dominante.

 

À partir de là, plusieurs leviers se dégagent pour le pouvoir et sa violence symbolique. Par exemple, le levier de « Blancs ». Les entreprises et la fonction publique sont largement dominées par des Blancs, ils sont « priorisés » dans l’emploi et la hiérarchie. L’éducation nationale dans le 93, pour en avoir été témoin, en est une caricature. Les postes de professeurs et de direction sont occupés très majoritairement par des Blancs, alors que les Bia-toss (personnels de cantine, techniques, etc.) sont occupés par un très grand nombre d’Antillais. Pendant que les classes d’élèves sont très colorées, issues de l’immigration d’origines géographiques très diverses. C’est une répartition « raciale » de l’environnement social qui commence dès l’enfance. Quelque chose à laquelle on s’habitue parce que cela paraît « normal ». Pourtant les Antillais sont des « Français de souche », leur territoire étant sous souveraineté de l’État « français » avant même les Niçois, mais on constate qu’ils ont un patrimoine économique et un statut social moins valorisés dans le cadre de l’éducation nationale du 93. C’est très probablement vrai ailleurs. Par conséquent, les uns et les autres intériorisent comme « légitime » que se soit les Blancs qui dominent. Bien qu’il n’y ait pas de textes de loi en France pour l’affirmer concrètement, c’est une réalité structurelle qui s’impose d’où découle l’oppression des « non-blancs » et la mise en place d’une violence symbolique blanche.

 

Un autre exemple, celui des diplômes. En France, une grande importance est accordée aux diplômes pour trouver un travail non-ingrat et bien rémunéré. Cela accorde un statut de « connaisseur » dans un domaine spécifique. Pourtant le diplôme est une sélection sociale basée sur l’appropriation du capital culturel par héritage. En effet, en France le capital économique, social et culturel des parents est très déterminant dans le niveau de qualification que l’on peut obtenir dans ses études. En 1964, Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron publiaient un livre intitulé « Les étudiants, les héritiers et la culture ». Ils démontraient déjà que la sphère familiale favorisait ou défavorisait les étudiants par l’acquisition de certains traits culturels. De nombreux groupes sociaux s’en trouvaient exclus non pas pour des raisons objectives mais par la présence ou la non-présence de signes sociaux distinctifs sur leurs copies pourtant anonymes. De plus, 1964 était une époque où l’acensions sociale était plus probante qu’aujourd’hui, c’est pour ainsi dire que l’actualité de ce livre a été renforcée au cours des dernières décennies. C’est comme cela que les classes préparatoires aux grandes écoles se retrouvent avec un fort contingent de fils et de filles de professeurs au fort patrimoine culturel ou encore avec des enfants issus de la petite bourgeoisie et bourgeoisie. Dans le même temps, une minorité infime d’enfants d’employés et d’ouvriers se retrouvent dans ces mêmes classes préparatoires alors qu’ils représentent démographiquement des parts beaucoup plus importantes de la population. Pour finir, un diplôme n’est que la mesure au-dessus d’un seuil donné de la capacité de certains à restituer une certaine quantité de connaissance culturelle et sociale à un instant T. Beaucoup peuvent obtenir les mêmes connaissances par la pratique ou par un apprentissage autodidactes. Ainsi le diplôme renforce l’aspect de l’héritage de cette identité symbolique dominante, le diplôme incarne en France la transmission de la domination de cette identité symbolique dominante de parents à enfants.

 

Un dernier exemple, la domination symbolique de l’homme sur la femme. Cette organisation sociale qui vise à asservir la moitié de la société ne date pas d’hier et elle est souvent dénommée par système patriarcal. En référence aux patriarches romains qui avaient le pouvoir de vie et de mort sur les membres de sa famille. De toutes les formes d’oppression, elle est probablement la plus ancienne et la plus ancré dans nos sociétés. En France, cette oppression est largement invibilisée car bien que la loi officielle reconnaît l’égalité des sexes, en pratique cette égalité n’existe pas. Les femmes sont payées en moyenne 20% de moins que les hommes à travail égal. Les tâches ménagères sont principalement le fait des femmes, environ 80% des tâches ménagères au sein d’un foyer sont effectuées par les femmes. Les femmes sont largement victimes de violences sexuelles à travers le harcèlement et les agressions. Enfin, les femmes subissent un matraquage idéologique pour les pousser à rentrer dans un rôle de mère. La politique nataliste (allocations familial, réduction d’impôts etc) est caractéristique en France de cette volonté de faire des femmes des mères. Notamment en imprégnant les populations administrées de l’idée qu’il a toujours été ainsi et qu’il est naturel que « la » femme soit le deuxième sexe. Cette domination symbolique passe largement par la non-présence des femmes dans les postes de décision de la société ou les hommes sont sur-représentés comme à l’assemblée nationale. Bien que ces inégalités ne soient la continuité de bien des millénaires d’exploitation du corps des femmes précédant l’État-nation, celui-ci renforce la séparation des genres par le biais une fois de plus de la confrontation des identités. Les femmes étant grandement responsables de l’éducation des enfants, ces dernières sont poussées à transmettre le mode de fonctionnement du dominant. Le corps et l’esprit des femmes se retrouvent « colonisés » et responsables de perpétrer la « race » pour garantir la suprématie de celle-ci. Récemment en Turquie, le président turc Erdogan a fait des discours dans lesquels il attaque directement les droits des femmes sur la contraception, droits chèrement acquis par celles-ci. Il ne fait pas simplement cette déclaration parce qu’il est sexiste mais aussi parce qu’il est raciste car le taux de natalité des populations turques est très inférieur aux populations kurdes, craignant un renversement démographique dans les décennies à venir. Ainsi la domination des femmes par les hommes est un pilier essentiel au bon fonctionnement du système de domination de l’identité symbolique, les relayant comme une identité sexuelle secondaire consacrée à la reproduction sous esclavage sexiste.

 

L’État-nation recoupe également d’autre aspect. Souvent le contrôle effroyable sur les corps et les esprits nécessite d’imposants appareils bureaucratiques, idéologiques et de répression. L’appareil bureaucratique ne demande que peu de commentaires sur l’ensemble des administrations qui s’emparent de nos existences en examinant chaque aspect de celle-ci par une paperasse disproportionnée et incompréhensible contrôlant toujours plus nos vies intimes. L’appareil idéologique passe par un important dispositif médiatique à sa botte à travers sa collaboration étroite avec les grands capitaines d’industries, ce dispositif idéologique se complète avec une éducation nationale qui renforce les inégalités face à l’apprentissage et l’accès aux savoirs où les professeurs sont poussé à jouer les flics idéologiques dans des établissements qui ressemblent de plus en plus à des prisons. Il n’y a qu’a voir comment sont disposés la majorité des classes du primaire au secondaire pour comprendre le poids symbolique qu’a le professeur sur ses élèves, le droit de désigner qui sait et qui ne sait pas selon des critères de l’État-nation. Enfin, l’appareil de répression est constitué d’un important dispositif policier et militaire.

 

L’un des aspect moderne les plus marquant de l’État-nation est sa centralisation extrême du pouvoir et son univers concentrationnaire urbain qui vont de pair. Des mégalopoles immenses naissent en pillant d’immenses richesses naturelles et ressources démographiques. Ces espaces urbains sans âme se retrouvent à être des centres d’emplois arrachant des millions d’individus à leurs régions d’origine. Détruisant les liens de communauté entre les individus, détruisant une part de leur identité par la même occasion, les renvoyant à une position où ils sont seuls dans des foules immenses. Les trajet des RER et métros parisiens en sont un exemple poignant où des millions de gens se croisent sous-terre sans presque jamais se parler, où des mendiants cherchent la charité en nombre dans une ambiance froide et cruelle. Les femmes se font toutes harcelées par des inconnus qui se moquent bien des conséquences de leurs méfaits. Les liens sociaux sont glaciaux et brutaux dans ce monde de cadence infernale où chaque jour des gens passent des heures dans ces transports serrés les uns contre les autres. C’est l’un des nombreux méfaits de ces concentrations urbaines qui isole et renforce le contrôle de l’État-nation sur ces individus isolés de leurs milieux sociaux.

 

Bien entendu, d’autres facteurs peuvent également rentrer en compte mais ces différents axes, comme les dégâts écologiques qu’entraînent ces concentrations urbaines et ces logiques de domination sur la nature, la réduisant à un simple élément à valeur marchande. Mais cette dernière dimension n’est pas le point le plus développé dans le corpus théorique du mouvement d’émancipation kurde.

 

Partie 2 : les expériences de cités-assemblées et de confédérations

 

Bien que le contexte soit différent, la première partie a été abordé sous l’angle de l’ethnocentrisme qu’on peut trouver en France. En effet, nous sommes conditionnés à croire que les problèmes des peuples du moyen-orient sont éloignés des nôtres, pourtant, nos systèmes politique sont proches. Les Kurdes sont principalement répartis dans quatre États-nations, subissant une violence inouïe faite d’une histoire de génocides et d’exterminations culturo-linguistiques. L’un des exemples les plus frappants est l’opération Anfal lancée par Saddam Hussein il y a moins de 30 ans. L’opération Anfal visait purement et simplement à exterminer la population kurde. Cette opération a tout les aspects d’un génocide commis dans les règles : déportation, camps de concentration, complicité silencieuse de la communauté internationale, destruction de 90% des villages kurdes d’Irak et extermination, principalement par gazage, de plus de 182 000 Kurdes. Ce mode opératoire n’a rien à envier aux crimes coloniaux des Blancs et s’il est aussi proche des procédés fascistes européens, c’est tout simplement qu’il s’appuie sur les mêmes mentalités issues du même système : l’État-nation.

Par conséquent, créé un État-nation kurde indépendant fut considéré comme une approche contre-productive par le PKK. En effet, à partir du moment où l’on crée un État lié à une identité et des frontière, on crée de l’oppression envers ceux qui ne sont pas de cette identité et on ne peut pas évidemment pas émanciper les populations en leur créant de nouvelles oppressions. Les expériences passées ont prouvé leur incapacité à mettre fin aux oppressions comme en URSS où la mise en application d’un « socialisme réel » et la création d’un « homme nouveau » n’ont fait que perpétuer une mentalité d’identité symbolique et donc violente. La mentalité de l’État-nation soviétique est la création d’une identité nationale soviétique forgée dans les écoles de la pensée unique. Tous les processus révolutionnaires ont échoué à donner des sociétés émancipées des chaînes de la domination. Pour prendre un autre exemple poignant, il n’est pas de meilleur que la guerre d’Espagne. Alors que les partis de gauche étatistes, comme les staliniens, ne pesaient pas lourd au début de l’année 1936 face à la CNT et ses 1.5 millions d’adhérents, celle-ci a échoué à mettre en place une politique de rupture avec l’État-nation et le capitalisme. L’exemple le plus marquant de cela n’est ni la participation d’anarchistes au gouvernement républicain, ni le refus de lutter contre la bourgeoisie républicaine en participant au front populaire, mais la question de l’indépendance du Maroc. Les syndicalistes révolutionnaires ont refusé en bloc l’idée d’une indépendance du Maroc parce qu’il s’agissait de « sauvages » incapables de se gouverner. Ce n’est pas un acte simplement raciste caractéristique de la mentalité coloniale, c’était aussi donner les moyens à Franco d’avoir une armée. En effet, ce dernier avait raté son coup d’État et, plus généralement, il pensait avoir perdu la guerre, les principaux foyers de population et industriels étant aux mains des républicains (Madrid et Barcelone). Mais Franco pouvait compter sur une armada de supplétifs marocains qui lui permirent de rapidement lancer l’assaut. Si les syndicalistes révolutionnaires, très puissant dans l’Espagne républicaine, avaient rompu avec leur mentalité coloniale et accordé l’indépendance du Maroc, Franco se serait retrouvé sans effectif militaire significatif. Il s’agit donc pour les révolutionnaires du monde entier de rompre avec la mentalité coloniale engendrée par le nationalisme caractéristique de l’État-nation sachant qu’une nation sous domination coloniale peut, elle aussi, avoir une politique coloniale envers d’autres groupes « non-nationaux ».

Par conséquent, que faire ? On ne peut pas créer un État-nation sans perpétuer la domination d’un groupe social sur un autre, on ne peut pas non plus le réformer ou attendre son dépérissement et on ne peut pas continuer à détruire la planète par l’exploitation démesurée des richesses par le système capitalisme. Murray Bookchin, puis son disciple Abdullah Öcalan, firent des recherches dans les zones d’ombres laissé par les mouvements marxistes-léninistes classique et identifièrent une forme d’organisation alternative à l’État capable de lui résister.

Avant de passer à une lecture historique, il est important de préciser que nous rentrons dans une approche qui n’est pas linéaire mais cumulative de l’histoire, au sens où Lévi-Strauss l’entend. Nous partons du principe que celle-ci ne s’est pas développée à partir de stades (esclavagisme, féodalisme, capitaliste, etc…) et donc qu’elle n’est pas linéaire. Chaque civilisation a développé ses propres systèmes de valeurs et les personnes issues de ces systèmes de valeurs ont tendance à penser que le leur est supérieur aux autres. Ces systèmes de valeurs ne sont pas forcément très efficaces non-seulement pour analyser sa propre civilisation, mais encore moins quand il s’agit d’une autre. Par conséquent, on peut considérer que plusieurs foyers de civilisation indépendants, avec leurs propres systèmes de pensée autonomes des uns des autres, interagissent entre eux. Il ne s’agit donc pas de déterminer des stades ni de faire des hiérarchies entre ceux-ci.

 

L’analyse qui suit sur les expériences « anti-étatique » est fortement inspiré du livre : « Le municipalisme libertaire » de Janet Biehl.

 

Contrairement à l’approche marxiste qui se veut linéaire et économique de l’histoire, Murray Bookchin va analyser les rapports hiérarchiques. Il va analyser les différentes formes de sociétés sans État ou anti-étatique depuis la pré-histoire. Il commence avec l’étude des sociétés naturelles (ou communisme « primitif » chez Marx). Pour Bookchin et Öcalan, les sociétés naturelles ne prennent pas fin avec l’esclavage mais par l’exploitation de la femme par l’homme. En effet, les représentations positives de la femme évoluent au cours de l’histoire ancienne allant de la déesse terre-mère, comme Gaïa, représentation positive de la femme au moment où la femme est rendue responsable de méfaits à travers des mythologies, où certaines de ces déesses usent de séduction pour pervertir les dieux masculins, jusqu’à l’arrivée des monothéismes où elle est considérée comme la source des tentations et donc du mal de ce monde. C’est la base de ce que Abdullah Öcalan nomme « la mentalité masculine », source des guerres et des sociétés esclavagistes présentes et futures, ce moment est appelé « la rupture des genres ». Par conséquent, la source des oppressions, et des premières hiérarchies, prend racine dans l’appropriation, ou colonisation, du corps des femmes par les hommes.

Une fois ces États formés sur la base de l’exploitation des femmes, la mentalité masculine dominatrice et hiérarchique va s’organiser autour de tribus qui vont chercher à s’approprier les richesses des autres tribus, les non membres de la tribu étant perçus comme une menace.

L’un des premiers exemples historiques de l’antiquité qui va intéresser Murray Bookchin est Athènes. C’est le prototype par excellence de la cité-assemblée. Malgré la mentalité impérialiste, le fait que les femmes, les métèques et les esclaves soit exclus du champ politique, la cité-assemblée d’Athènes va inventer une des premières formes connues de démocratie directe de l’histoire. À son apogée, le système politique d’Athènes est entre guillemets sans « État » entre citoyen car, à l’intérieur du champ politique, chaque citoyen est défini par le fait qu’il a le droit de porter une arme et donc a en charge la défense et la sécurité de la cité. Les choix politiques et les procès se font en public où tous les citoyens pouvaient s’exprimer dans de grandes assemblées où les élus, choisis par suffrage direct ou par tirage au sort, sont sous contrôle démocratique direct et souvent avec un mandat court d’un ou deux ans. Chaque citoyen est considéré comme ayant les compétences nécessaires pour occuper n’importe quel poste au sein de la société, ce qui présuppose un haut niveau d’éducation politique, l’aristocratie et les tribus ayant étaient abolies. Il y aurait beaucoup d’autres choses à dire sur l’expérience athénienne et de son apogée juste avant la guerre du Péloponnèse.Les municipalistes libertaires retiennent certains axes qui sont indispensables au bon fonctionnement de la démocratie :

  • Celle-ci ne peut se faire qu’à une échelle municipale, à une échelle locale. En effet, pour exercer un pouvoir démocratique direct, les assemblées doivent être assez petites pour accueillir toute la communauté.
  • La démocratie doit se construire directement avec les élus, sans échelons intermédiaires dans la prise de décisions. Les mandats des élus doivent être de courte durée, sous contrôle et révocables.
  • Chaque citoyen doit être formé de façon polyvalente et équivalente.
  • Les rapports hiérarchiques doivent être abolis au sein de l’assemblée pour que celle-ci soit viable.
  • Les inégalités sociales et économiques doivent être les plus faibles possibles pour le bon fonctionnement de la cité-assemblée (risque d’achat de voix, etc…).
  • La cité-assemblée doit organiser son auto-défense pour survivre face à l’agression des États.
  • La justice s’exerce sous des valeurs éthiques, comme dans les société naturelles avant la cité-assemblée, opposées au futur droit romain et bureaucratie prolifique.
  • Le système athénien ne s’est pas imposé du jour au lendemain aux groupes sociaux (ou classes) dominants. Il a même cohabité longtemps avec l’aristocratie et les tribus. Malgré cela, ces groupes sociaux dominants ont décru jusqu’à disparaître face à la montée en puissance des forces démocratiques et citoyennes.

 

Athènes est un bon exemple de démocratie directe et de cité-assemblée malgré l’exclusion des femmes, des métèques et des esclaves. Contrairement à la pensée classique, les municipalistes libertaires pensent que cela n’est pas rendu possible par l’exploitation et l’exclusion du champ politique des femmes, des métèques et des esclaves mais malgré cette situation. En effet, rares sont les sociétés fondées sur ces bases à avoir vécu des expériences similaires, la plupart ayant tendance à l’autoritarisme.

 

De nombreuses formes de démocratie, sous forme de cité-assemblée, sont apparues dans l’histoire et à une bien plus grande échelle qu’Athènes. Quand plusieurs municipalités se sont retrouvées menacées par des États, elles se sont confédérées pour les combattre et ont parfois gagné. Nous allons aborder pour cela trois exemples historiques : les communes médiévales, l’Assemblée de Nouvelle-Angleterre et les Sections parisiennes.

 

Dans le nord de la péninsule italienne et dans le sud de la France se développa entre le XIème et le XIIIème siècle une bourgeoisie marchande. Un commerce florissant et d’importantes productions artisanales se concentrèrent autour des villes. La noblesse et le clergé étant peu enclins à légiférer efficacement sur les questions économiques, les bourgeois locaux commencèrent à imposer par eux-mêmes une législation locale aux villes dans lesquelles ils développèrent assez d’influence. De facto, ces bourgeoisies finirent par avoir le contrôle de leurs affaires au niveau de ces municipalités. La confrontation devint inévitable et ces municipalités cherchèrent à se libérer de leurs seigneurs. Dans le nord de l’Italie, la Ligue lombarde se rebella contre le Saint-Empire romain-germanique. La Ligue lombarde était une confédération militaire entre différentes communes qui finit par mettre en échec l’armée impériale en 1176. Ces communes obtinrent le droit de se gouverner elles-mêmes suite à la paix de Constance en 1183. La paix actait que l’empereur ne pouvait plus interagir dans les affaires de ces cités. C’est le début de l’essor des communes médiévales. Le mot « commune » signifiant les localités émancipées du joug des seigneurs. Au début les communes étaient dirigées par des associations de bourgeois qui faisaient le serment de respecter les libertés individuelles de leurs concitoyens, de défendre et de promouvoir leurs intérêts communs. La première institution communale des villes italiennes fut l’assemblée de tous les membres de la commune. Elle adoptait les lois et choisissait deux magistrats, l’un exécutif et l’autre judiciaire, qui , pendant un an, avaient la charge d’administrer les affaires de la ville.

Dans ces communes qui étaient en pleine essor, les nouveaux arrivant étaient exclus du champ politique. Souvent il n’y avait que les familles fondatrices de la commune qui avaient le droit de vote. Les femmes, les travailleurs des champs et, de façon générale, les non-propriétaires n’avaient pas le droit de vote. Une petite minorité de la population masculine, les aristocrates, avait accès aux fonctions des charges publiques. L’embryon de démocratie y était faible souvent soumis aux luttes de pouvoir des magistrats.

Mais dans le même mouvement des municipalités se libérant du joug de leurs seigneurs, les populations de ces municipalités cherchaient à se libérer de l’autorité de leurs magistrats, notamment à Nîmes qui avait acquis une certaine autonomie vis-à-vis de la couronne de France dans la même période que les villes italiennes. En 1198, le peuple entier de Nîmes obtint le droit de vote aux assemblées pour élire les magistrats. Dans cette lutte de pouvoir, le « popolo » (les maîtres artisans, les boutiquiers, les professionnels, les notaires, les marchands, les financiers, la bourgeoisie commerciale mais qui exclut les tisserands et les journaliers (ouvriers agricoles)), va affronter l’aristocratie et ses privilèges. Le popolo créa des guildes de quartier, qui réunissaient tous les hommes d’un même métier. Ces guildes formèrent rapidement leurs propres milices. Le popolo commença à lutter contre la noblesse dans les villes. Le popolo finit par prendre le pouvoir dans de nombreuses villes entre 1200 et 1260 dont Florence ou encore à Montpellier où les guildes fusionnaient avec le gouvernement municipal lui-même. Cela engendra une démocratisation très forte du pouvoir passant entre les mains de l’aristocratie, à une part très importante de la population des villes. Marsile de Padoue écrivait sur ces communes : « le législateur, ou la cause première et juste de la loi, est le peuple ou le corps des citoyens ou sa partie la plus importante, de par son choix ou sa volonté exprimée oralement dans l’assemblée générale des citoyens. »

Il y a également un mouvement de même nature un peu plus tardif en Flandre et dans le reste du Saint-Empire romain-germanique. Ces mouvements allaient voir les révoltes des guildes dites secondaires, comme les tisserands, prendre une place importante et acquérir d’importante avancées qui excluaient quasiment les patriciens.

La démocratisation des communes médiévales est d’un grand intérêt malgré le fait qu’elle exclut les femmes, les journaliers, les pauvres, les travailleurs des champs et presque tous les migrants, selon l’argument qu’ils pouvaient être contrôlés par les riches marchands et les aristocrates.

 

C’est une ironie de l’histoire mais ce furent les communautés protestantes et puritaines de Nouvelle-Angleterre du XVIIe et XVIIIe siècles qui vont perpétuer une tradition de démocratie directe. En effet, les puritains de la Nouvelle-Angleterre considéraient la démocratie comme profondément immorale. Mais c’est à travers le « congrégationalisme » que ces derniers vont développer des pratiques très démocratiques. En effet, cette secte protestante anglaise défendait l’autonomie de chaque congrégation contre l’intrusion des prêtres et des évêques. Le congrégationalisme reposait sur le postulat que chaque groupe de fidèles formait un tout en soi, subordonné à nul mortel et guidé uniquement par la Bible. En bref, il n’aimait pas le clergé. Dans le nouveau monde, ces communautés se liaient par des pactes communautaires jurant d’obéir à Dieu et de se soucier des âmes des uns et et des autres aux sein de la communauté.

L’organisation de ces communautés commença à former un maillage de villages autonomes organisés autour de leurs églises. Chaque communauté rédigeait au moins deux pactes, l’un était intemporel et concernait les affaires religieuses, et l’autre était municipal. Les terres était réparties équitablement entre les membres de la communauté. Il y avait peu d’inégalité financière entre les membres de la communauté au début de leur existence notamment par un partage équitable des terres. Les milices de ces communautés étaient créées sur le même principe d’égalité. Ces communautés finirent par créer des assemblées municipales. En principe, seuls les fidèles adultes de sexe masculin, ceux qui avaient reçu la « grâce » de Dieu, avaient le droit de vote à ces assemblées et ceux qui n’appartenaient pas à la secte pouvaient assister et délibérer aux assemblées sans participer au processus de décision. Mais, très vite, le suffrage fut étendu pour inclure tous les habitants adultes de sexe masculin ayant quelques propriétés ou un revenu régulier (qui incluait une bonne part des revenus modestes), puis tous les hommes qui juraient d’avoir la propriété requise. Le droit de vote aux assemblées rendait éligible à tous les postes en charge des affaires publiques. L’influence de ces communautés prit une grande importance à tel point qu’en 1635, le gouvernement colonial anglais reconnut l’assemblée municipale comme corps décisionnel suprême dans chaque village. Les villages commencèrent à élire des représentants pour gérer les affaires courantes, mais les représentants n’avaient pas de pouvoir étendu et devaient seulement exécuter les décisions prises entre deux assemblées. Au début, ces élus étaient surtout les « anciens » religieux, les premiers membres de la communauté formant une petite aristocratie où l’assemblée faisait office de chambre d’enregistrement. Leur mandat durait qu’une seule année.

Entre 1680 et 1720, les assemblées prirent le dessus sur les conseils et transformèrent la politique municipale en démocratie de facto. Après la mort des « anciens », les jeunes venus les remplacer ne jouissaient pas de la même aura. Les assemblées renforcèrent leur contrôle sur ces jeunes élus et les assemblées se tinrent de plus en plus souvent. Les assemblées municipales devinrent un véritable corps décisionnaire. Elles décidaient des taxes, du budget, arbitrait les conflits relatifs aux titres et propriétés, acceptaient les migrants, octroyaient des concessions et permis d’entreprise et planifiaient le développement économique.

Pour se faire représenter auprès du gouvernement colonial, chaque village envoyait des délégués à Boston. Comme les conseils, les « anciens » furent chassés, les délégués recevaient leurs mandats directement de l’assemblée municipale et devaient s’y conformer. Les délégués étaient soumis à un régime de mandat impératif, les villages allant même jusqu’à envoyer une « escorte » avec leurs délégués pour bien vérifier qu’ils respectaient les décisions prises en assemblée. Les votes des délégués furent rendus publics, les assemblées pouvant ainsi vérifier si leurs votes avaient bien été respectés. La couronne voulut alors reprendre la main, mais les lois édictées par la couronne étaient appliquées en fonction du bon vouloir de ces assemblées. Dans la pratique, les assemblées municipales basées sur des principes de démocratie directe avaient pris le pouvoir.

Après l’épisode du Tea Party, début de la guerre d’indépendance, l’une des premières réactions de Londres va être d’abolir ces assemblées municipales. Par la suite, les assemblées vont jouer un rôle important dans la guerre d’indépendance des treize colonies d’Amérique. Finalement, ces assemblées furent dépouillées de leur pouvoir par les révolutionnaires américains avec la constitution des États puis par la Constitution fédérale de 1787.

Encore une fois, cette expérience de démocratie directe a pu se faire malgré l’esclavagisme, l’exclusion des femmes, des plus pauvres et les amérindiens contre lesquels se sont battues ces communautés. Il n’empêche pas moins que cet épisode historique qui se déroule sur près de 150 ans est riche d’enseignements au même titre que la Ligue lombarde, c’est un exemple de confédération de communes qui a su résister longtemps aux États parmi les plus puissants de leur époque.

 

Le dernier exemple sont les Sections parisiennes de la révolution française. En 1789, la monarchie dut céder la création de districts électoraux dans toute la France. À Paris, 60 assemblées de district furent créées. Après les élections, ces assemblées continuèrent à se réunir malgré la disparition de leur justification légale. Avec l’écroulement de l’État, ces assemblées fonctionnaient comme de véritables institutions quasi-légales en concurrence avec l’assemblée nationale formée à Versailles. Après un nouveau redécoupage passant à 40 sections à Paris, les sections devinrent la base légale du gouvernement municipal dans toutes les grandes villes de France : Lyon, Marseille, Bordeaux et Toulouse. Pendant la révolution, environ 44 000 communes autonomes, dont les plus grandes sous contrôle des assemblées de section, occupèrent une grande partie du champ politique dans toute la France. Elles avaient des prérogatives locales mais aussi nationales. Elles prirent le contrôle de la Garde nationale (à titre d’échelle, les forces armées, principalement la garde nationale, de la ville de Paris était la deuxième plus grande force militaire après l’armée aux ordres convention), en contrôlant la structure et le contenu politique, plus le temps passé plus les sections se démocratisaient et se radicalisaient. À Paris, elle s’ouvrirent à tous les hommes adultes et même parfois aux femmes (enfin !) sans restriction vis-à-vis de la propriété et du statut. Les sections formaient la base d’une démocratie directe extrêmement radicale. En 1792 et 1793, c’est une expérience consciente de démocratie directe où les sections considéraient la souveraineté populaire comme un droit inaliénable appartenant à tous les citoyens, un droit qui ne pouvait être délégué aux représentants d’une assemblée nationale. Les assemblées des sections parisiennes se réunissaient dans les chapelles et les églises expropriées et elles élisaient six députés à la commune de Paris, dont la tâche principale était de coordonner toutes les sections de la cité. Chaque section légiférait sur les questions de sécurité publique, l’approvisionnement, les finances. Plus important encore, chacune disposait de son propre bataillon de la Garde nationale, artillerie comprise, sur lequel elle exerçait un contrôle absolu. Les officiers étaient élus par la section et ils obéissaient aux directives de cette dernière. Les réunions des sections attiraient d’immenses foules et presque tout le peuple de Paris, des royalistes au plus radicaux des révolutionnaires, venaient débattre au sein de ces assemblées.

C’est en 1792 que les membres les plus radicaux des sections parisiennes vont envahir les Tuileries et déposer le roi. Pendant cette même période, le démocrate radical Jean Varlet de la commission des droits de l’homme tenta d’organiser un gouvernement parallèle pour construire la « Commune des communes » en formant une confédération de villes et de villages pour renverser le gouvernement national. Après des insurrections ratées, la tentative échoua à renverser la Convention et les Jacobins se dépêchèrent d’enfermer les leaders des sections dès leur prise de pouvoir.

Il est d’autant plus intéressant que cette épisode de démocratie radicale est largement méconnue et invisibilisée. Les Jacobins écrirent avec leur plume l’histoire de l’époque avec leur État-nation si cher à leurs yeux. Cette épisode est d’autant plus impressionnant qu’il prend forme dans la mégapole parisienne et ses 500 000 habitants. Les sections ont failli réussir à renverser l’État-nation qui les a vues naître pour le remplacer par une confédération de communes.

 

Ces exemples font l’objet d’une longue présentation mais ils ont une importance cruciale et ils sont largement méconnus des milieux porteur d’un projet émancipateur. Ces expériences de démocratie directe autour des municipalités ne sont pas des exception dans l’histoire. Il en existe bien d’autres que je n’ai pas décrits sur tous les continents. Même de façon déformée, ces assemblées ont fini par remettre en cause profondément l’ordre social ayant tendance avec le temps à aller vers plus de démocratie, d’égalité et de justice jusqu’à ce que l’État et les classes dominantes ne les combattent parfois dans l’urgence. De plus, dans ces cadres démocratiques, les municipalités confédérées ont su résister de façon efficace aux États et, plus important encore, elles ont failli défaire le plus puissant État-nation de leur époque, c’est à dire l’État national français né dans le sillage de la révolution française. L’État-nation qui est en quelque sorte la pierre philosophale du pouvoir des classes dominantes contemporaines. Par conséquent, l’histoire montre qu’il est possible d’organiser des expériences locales décentralisées qui résistent aux États-nations centralisés.

 

Parti 3 : la réponse du PKK, le confédéralisme démocratique

 

Revenons à la question kurde dont les populations sont réparties sur 4 États-nations. Partant du principe que les expériences révolutionnaires basées sur l’État, et plus particulièrement l’État-nation, sont vouées à l’échec, le fait de construire un nouvel État sur des bases ethniques étaient devenu absurde et la solution, après plus de dix ans de réflexions de recherches de 1995 à 2005, aboutit à leur nouvelle orientation politique : le confédéralisme démocratique, ou Nation démocratique, inspiré en grande partie, mais pas seulement, des thèses de Bookchin sur le municipalisme libertaire. Ils avaient enfin la solution à leur dilemme et pouvaient partir à la conquête non plus simplement du peuple kurde mais de tout le Moyen-orient. Le peuple kurde devenant le moteur d’une démocratie radicale pour tout le Moyen-orient dans le cadre d’une confédération moyen-orientale sans établir de nouvelles frontières, ni même construire un État kurde. Mais comment ?

Comme nous l’avons vu plus haut, l’État-nation tire sa force des divisions identitaires qui traversent nos sociétés, d’où les différentes identités sont soumises à la violence symbolique puis physique quand celle-ci échoue. Les femmes sont opprimées par les hommes, les non-nationaux par les nationaux, les LGBT par les hétéros, etc… Enrichis de leur expérience anti-coloniale de plus 30 ans, les Kurdes partisans du confédéralisme démocratique vont y ajouter des méthodes bien à eux.

Il s’agit de construire, comme le prône Murray Bookchin, dès aujourd’hui les assemblées populaires décentralisées de double pouvoir qui renverseront l’État et le capitalisme demain. Il ne s’agit plus d’attendre le grand soir et la formation miraculeuse des instances de démocratie directe dans ce cadre mais de construire dès aujourd’hui et maintenant dans les villes et les campagnes des communes qui chercheront à imposer une démocratie réelle au niveau municipal. Une fois la prise de pouvoir effectuée par les assemblées en dissolvant l’ancien ordre qui régissait ces municipalités et en imposant un nouveau contrat social basé sur des principes de démocratie, d’égalité, de féminisme et d’écologie, ces municipalités sont poussées à se rassembler pour former des confédérations. Ces municipalités auront en charge de la gestion de toutes les questions locales et prendront des décisions sur de plus grandes étendues avec le reste de la confédération.

Mais on pourrait dire les oppressions n’ont pas disparu pour autant. Certes, mais alors comment faire pour les combattre ? D’une certaine manière les Kurdes ont repris une célèbre maxime de la première internationale : « l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs d’eux-mêmes » en « l’émancipation des opprimés sera l’œuvre des opprimés eux-mêmes ». Il ne s’agit pas simplement de construire les instances de double pouvoir, en créant dès aujourd’hui les communes qui renverseront les États-nations de demain, mais de créer les communes qui conditionnent l’émancipation des populations opprimées. Les Kurdes ont commencé à fonder des communes de femmes ou conseils de femmes. Ces dernières sont en charge des décisions relevant des questions de la femme. Ces communes de femmes se confédèrent à leur tour dans de grandes confédérations de femmes et, ainsi de suite, des communes se créent autour des identités qui souhaitent se réunir comme des communes de chrétiens, d’Arabes, de Turkmènes… et ils se confédèrent à leur tour dans de plus grandes confédérations pour porter leur voix dans le mouvement des conseils ainsi créé. Les communes élisent sous un mandat impératif leur exécutif chargé de respecter la volonté des assemblées populaires. Les municipalités se réunissent sous l’égide d’un contrat social chargé de donner les grandes valeurs de la confédération. Mais certains me diront aussi : et les classes dominantes, en particulier la bourgeoisie, qu’est-ce qu’on en fait ? Là est un point de clivage avec la doctrine marxiste-léniniste classique. Dans le munipalisme libertaire, l’individu n’est plus défini par rapport à sa fonction économique mais par rapport à sa place dans le champ politique qui lui donne accès aux droits de légiférer et d’exécuter les tâches votées en assemblée. La bourgeoisie, par définition, se retrouve en extrême minorité dans ces assemblées face à une masse de citoyens. Le pouvoir étant aux mains des municipalités, celles-ci seront poussées à prendre le contrôle des grandes propriétés face à une masse de citoyens qui en est privée. Que vaudra la voix des bourgeois qui représenteront une infime partie des votes ? Les bourgeois préféreront tout simplement ne pas y participer pour mieux combattre les communes de toute leur force et s’ils décident d’y participer, ils seront minoritaires.

L’autre aspect important dans la théorie du municipalisme libertaire, c’est qu’il faut démocratiser les lieux de travail en les soumettant aux directives des assemblées municipales. Dans les temps qui sont les nôtres, l’identité économique des travailleurs est de plus en plus restreinte. Par exemple en France, ce sont plus de 10 millions de personnes qui sont soumises au travail occasionnel, au chômage ou encore qui vivent du RSA ou pire qui sont exclues de toutes prestations sociale.1 Autant dire qu’une politique qui vise à émanciper et qui ne donne qu’une place secondaire à ces groupes sociaux dans le cadre d’une révolution, quand environ 1/4 de la population active en fait partie, risque d’échoué. La grève général ne concerne pas ces populations par exemple. Et ce, sans parler des commerçants, artisans et petits propriétaires qui constituent une grosse portion de la population également. Seul un lien communautaire ou local permet de rassembler l’ensemble de la population pour qu’elle puisse s’émanciper. Cela n’enlève en rien, bien entendu, de l’importance des luttes à mener dans le monde du travail et ne tend pas à minorer leur importance.

Dans le cas du Kurdistan, appeler à l’abolition de la propriété des moyens de production dans une région comme le Rojava dominée par la petite propriété est encore peu efficiente. Il n’empêche qu’en matière économique, les municipalités créent des coopératives sous leur contrôle et les ressources stratégiques (comme le pétrole) sont sous contrôle du canton.

Ils faut bien comprendre que la démocratie radicale contient en elle-même les solutions à l’émancipation des populations par elle-mêmes et que ce n’est pas une minorité d’individus, ou un parti, qui peut le faire à leur place.

Maintenant, on peut rétorquer que c’est utopique. On peux répondre que cette théorie est déjà mise en pratique dans tout le Kurdistan mais surtout au Rojava. C’est ce que j’ai constaté en me rendant sur place et en étudiant la société là-bas . Le Rojava ou Kurdistan syrien se situe dans le nord de la Syrie où un blocus quasi-total de la Turquie et du Kurdistan irakien est exercé. Le reste de ses frontières est dominé par Daech ou des milices islamistes profondément réactionnaires. Pourtant, les forces sociales du Rojava mettent aujourd’hui en œuvre les théories du confédéralisme démocratique.

 

En effet, des communes ont été créées, elles se regroupent dans des assemblées de quartier puis à leur tour en assemblées de ville puis de canton, les assemblées étant incitées à régler les questions le plus localement possible. L’exécutif de la « Commune des communes » s’appelle le TEV-DEM (mouvement pour une société démocratique). Les cantons sont liés entre eux à travers un contrat social2 qui offre une grande autonomie aux municipalités. Le contrat social a fortement été inspiré d’un texte réalisé par des femmes kurdes de la fédération des femmes du Kurdistan. De plus, des milices de villes, les HPC, fleurissent sous le contrôle des assemblées de ville. Les milices des YPG/YPJ (unité de défense du peuple/unité de défense des femmes) ont des commandants révocables et les femmes ont leur propre corps d’armée autonome, les YPJ. Les YPG/YPJ n’ont pas qu’un rôle militaire, ils se réunissent régulièrement pour se former à la politique et débattre. Ils sont les premiers à porter une aide humanitaire et à sensibiliser les populations à la démocratie directe et à l’anti-patriarcat sur les territoires libérés du Joug de Daech. Ces troupes composé d’ouvriers, d’employés, de paysans, d’artisans enregistrent victoire sur victoire contre Daech.

Les municipalité encouragent ou créent des coopératives3 dans lesquelles chaque membre de la coopérative élit un représentant au conseil de la commune. Les membres de la coopérative élisent aussi leur conseil de gestion de la coopérative qui est lui-même composé d’un représentant de l’assemblée à laquelle est liée la coopérative. Les revenus sont répartis de manière équitable entre tous les membres de la coopérative. Une partie des revenus est reversée dans les caisses de la municipalité et l’autre partie est tout simplement gardée dans l’objectif de développer la coopérative. Quand il ne s’agit pas de coopérative, une grande partie des terres a été municipalisée. Pour finir, les ressources stratégiques comme le pétrole sont sous contrôle du TEV-DEM.

Les communes de femmes mènent des politiques anti-patriarcales dans tout le Rojava contre les crimes d’honneur, les mariages forcés mais aussi contre les répartitions inégales du travail ménager. La grande majorité des postes pratique la co-présidence, c’est-à-dire que tous les postes électifs sont co-présidés à la fois par un homme et une femme. Les assemblées législatives se retrouvent avec presque pour moitié des femmes, a minima 40% du corps électif, comme si en France nous avions entre 200 et 300 députés femmes à l’assemblée nationale. Tous les hommes et les femmes qui intègrent l’armée reçoivent une formation contre la mentalité masculine mais plus largement la société est aussi éduquée dans ce sens. Les progrès vont jusqu’à mandater des tribunaux de femmes pour juger certains crimes sexistes. Les femmes forment parfois leurs propres coopératives. Ainsi les femmes se retrouvent maître de leur destin en prenant directement part aux institutions politiques, civiles, économique et militaires.

Les communes de chrétiens défendent leurs droits en temps que minorité si bien que le canton de Cizîre a reconnu trois langues officielles : le Kurmanji (langue kurde), l’Arabe et le Syriaque. Le Syriaque, langue chrétienne dérivé de l’Araméen, est ainsi retranscrit à travers tous les textes publics devant être disponibles dans les trois langues. Par exemple, à l’assemblée législative de Cizîre, il y a trois secrétaires qui retranscrivent les débats chacun dans une des trois langues. Le co-président de l’assemblée est lui-même un Syriaque.

La justice y est pratiquée sur des bases éthiques et non le droit romain. La peine de mort ainsi que la torture y ont été abolies. La peine de prison maximale est de 20 ans. Les droits de l’homme font partie des valeurs fondamentales du Rojava. Ainsi, les assemblées élisent des représentants aux comités de la Paix chargés de réguler la plupart des délits à l’exception des plus « graves » : les crimes (comme des meurtres ou des viols, par exemple). Ces comités de la paix dans une logique de réconciliation sociale. Par exemple, sur des disputes liées à la terre héritée de la colonisation arabe effectuée par le régime baasiste ont autorité pour juger ces affaires. Ils ont réglé des dizaines de milliers de conflits : du vol à la tire, à de nouvelles répartitions des terres et ainsi fait fondre la criminalité comme neige au soleil. La justice guidée par idéal démocratique a été jusqu’à libérer des prisonniers sous la demande d’assemblées populaires cherchant le compromis et le consensus.

Le processus révolutionnaire gagne actuellement les populations non-kurde en grand nombre. On estime qu’environ 30% des YPG sont composés d’Arabes. De plus, les troupes kurdes ont à plusieurs reprises sauvé les populations arabes du joug totalitaire de Daech comme à Hassaké où, lorsque les troupes du régime ont fui face à une l’offensive de Daech, les YPG/YPJ sont venus au secours des quartiers arabes, écrasant du même coup Daech et les préjugés qui opposent les deux communautés. Autre exemple, l’offensive menée par le conseil militaire de Manbij contre la ville du même nom, est composé en majorité d’Arabes pour montrer que les Kurdes ne cherchent ni revanche ni la suprématie ethnique.

Le processus révolutionnaire s’internationalise en gagnant le Bakur (Kurdistan du nord situé en Turquie) et le Başur (Kurdistan du Sud situé en Irak). Au Bakur, une guerre impitoyable oppose les forces des YPS et PKK à l’État-nation de Turquie. Ce dernier n’hésitant pas à raser des villes entières pour obtenir la victoire lors de ces opérations de nettoyages ethnique. De nombreuses villes kurdes se sont insurgées et ont déclaré leur autonomie et on pris le chemin de l’insurrection contre l’État colonial. Au Başur, les forces du PKK et des YPG/YPJ ont sauvé les Yézidis, une minorité kurdophone païenne vivant principalement en Irak, du génocide que leur réservait Daech avec la complicité du gouvernement régional du Kurdistan d’Irak. Les Yézidis sont aujourd’hui organisés en assemblées et ont créé, avec l’aide du PKK et des YPG/YPJ, une force d’auto-défense les YBŞ.

 

Leurs résultats sont impressionnants et n’ont pas à pâlir de nos expériences européennes qui ont tourné aux vinaigres. Une brèche s’est ouverte pour l’émancipation des peuples du monde entier et elle se nomme Rojava. Elle est encore trop méconnue et largement incomprise en particulier tant que beaucoup n’auront pas assimilé le concept d’État-nation qui est d’autant plus difficile à comprendre quand on est un homme, blanc, de culture chrétienne, hétéro-normé et psychophobique. Pour ainsi dire, nous sommes possédés par nos dominations désirées ou non-désirées. Il est souvent Difficile d’admettre que l’on peut être un oppresseur sans le vouloir. Les femmes et les hommes kurdes font partie des opprimés et nous montrent la voie avec leur alternative internationaliste.

 

La longue réflexion du PKK aurait pu le mener à capituler mais au lieu de cela il s’est rapproché d’une idéologie anarchiste et l’a adapté à sa manière. Les mouvements et individus qui cherchent à émanciper l’humanité des chaînes de la domination ont beaucoup à apprendre de l’alternative auto-gestionnaire du PKK. Il est important de savoir que cet article n’aborde de façon succincte qu’un point de la théorie du confédéralisme démocratique et du municipalisme libertaire. Les deux mouvements jouissant d’une grande richesse intellectuelle et culturelle, il reste encore beaucoup à étudier. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si le PKK est l’un des derniers mouvements issus du communisme étant toujours considéré comme terroriste par l’Occident car son système alternatif est une véritable menace pour les États-nations. Il est temps qu’a leur tour les individus et mouvements combattant pour l’émancipation, en France et en Occident, repensent tous leurs fondamentaux comme l’ont fait les kurdes du PKK. Le confédéralisme démocratique semble être une base concrète, vivante et inspirante pour commencer le long travail de renaissance des pensée émancipatrices.

 

 

Bibliographie :

 

Le municipalisme libertaire de Janet Biehl

Les étudiants, les héritiers et la culture de Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron

Sur l’Etat de Pierre Bourdieu

Race et histoire de Lévis-Strauss

Les identités meurtrières d’Amin Maalouf

Brochure Confédéralisme Démocratique D’Abdullah Öcalan

 

Le savant et le politique de Max Weber

1http://www.centpapiers.com/chomeurs-visibles-et-invisibles-la-barre-des-10-millions-franchie/

2http://www.rojbas.org/2014/11/19/le-contrat-social-de-rojava/

 

3http://inforojava.tumblr.com/post/142397810130/rojava-syrie-l%C3%A9conomie-sociale-%C3%A0-travers-le